Contes et légendes #5
Les eaux sombres et tumultueuses de la rivière Saint-Maurice ont donné lieu à bien des légendes. Voici l'adaptation d'une légende amérindienne, qui raconte de façon imagée...
La création de la rivière Saint-Maurice
Comme il était coutume depuis des centaines et des centaines d'années, les Indiens plus âgés, sentant la fin de leurs jours, allaient s'isoler au loin dans les bois.
Désirant mourir en paix, c'est ce que fit Moowis, guerrier et chasseur Atikamekw. Parti dès l'aube, il traversa le lac et s'installa paisiblement sur l'autre rive. Le soir venu, juste avant de glisser dans son éternel sommeil, son oreille de chasseur fut attirée par un bruit familier. Ouvrant les yeux, il vit une bande de loups affamés qui attendaient que son feu se consume pour l'attaquer. Incapable d'admettre que ces bêtes féroces s'attaquent à son corps avant que son esprit l'ait quitté, il invoqua le puissant Windigo.
« Redonne-moi ma vigueur de vingt ans et tu feras de moi ce que tu voudras! » demanda-t-il.
« Bien, tourne la pointe de ton canot vers le soleil levant et pagaie à travers les terres qui s'ouvriront pour te laisser passer. Lorsque tu atteindras le fleuve aux grandes eaux, alors, tu mourras. »
Le vieillard fut immédiatement habité d'une force nouvelle. Avec sa rame seulement, il réussit à tuer deux loups et à faire fuir le reste de la meute. Comme l'avait dit le Windigo, il monta dans son canot et avironna vers le Sud. Les eaux du grand lac se déversant dans son sillon, il glissa sur terre de val en vallons et de vallées en plaines, contournant les montagnes et les escarpements. La terre s'ouvrait devant lui en créant des gorges et des ravins, l'indispensable lit de cette nouvelle rivière.
Pendant deux lunes, Moowis voyagea ainsi. Voulant prolonger sa vie, il serpenta un peu à la vue du fleuve aux grandes eaux. Son canot chavira et disparut lorsqu'il toucha son but.
Ceci explique en partie la configuration de la rivière Saint-Maurice. La sagesse du Windigo était grande car on dit que cette rivière fut pour les Indiens du nord d'un très grand secours. Par contre tous les Blancs qui sont morts en essayant de l'apprivoiser appartiennent au Windigo. Comme Moowis, ils travaillent sans relâche dans le monde des esprits au bien-être des peuples amérindiens.
Extrait de Contes cornus légendes fourchues, de Bryan Perro.